« Ma page blanche »

Toi ma page blanche
Ma préférée
Jamais tu ne flanches
Sous mes pavés

Peu importe la mouvance
Tu reçois sans tiquer
Je te raye en tous sens
Sans jamais te froisser

Toi ma page blanche
Ma préférée
Tu m’attends le dimanche
Et les jours fériés

Tu recueilles mes trances
Pas ma sobriété
Parfois je te lance
Puis reviens te chercher

***

Je sombre sur ma planche
Et mes petits billets
Sans trouver la branche
Sur laquelle m’appuyer

Quelques verres étanches
Auraient pu m’aider
Quelques vers, je pense
Auraient pu me lancer

D’un revers de la manche
Je sens l’immensité
La riche substance
De mon esprit chahuté

***

Hey ! Petites blanches
Laquelle ? ma préférée ?
Vous êtes toutes aussi blanches
Même multipliées

Les mains sur les hanches
Je voulais vous parler
Mais j’vois bien que ça penche
Et puis… j’ai oublié…

***

Ah ma belle blanche
Ma dulcinée
Prendras-tu ta revanche
Une fois dégrisé

Au miroir de ma canche
Couchée sur le papier
Toi ma page blanche
Tu restes ma préférée

« J’attends »

Contrainte fixée : un texte avec le mot racine : « J’attends »

J’attends
Que la goutte lâche son robinet
Que le bouchon de la ligne s’enfonce
Que le micro-onde sonne « c’est prêt »
Que cette alarme cesse, ou j’la défonce

Que l’eau soit chaude
Que l’eau soit froide
Que la bougie s’éteigne
Que le feu prenne

J’attends
Que la dame pèse ses fruits
Que la vieille se casse
Que le laboratoire m’appelle
Que la douleur passe

Que les chiottes se libèrent
Que cette fourmi s’évade
Ou qu’on la récupère sous
La grolle de cette femme

J’attends
L’heure de partir et
Qu’on me foute la paix
Enfin de dormir
Au moins une heure svp

J’attends
Qu’il me regarde et m’appelle
Qu’il me prenne dans ses bras
Qu’il me dise « je t’aime »
Ou un truc comme ça

J’attends
Qu’on me pose des questions
Qu’on me dise « t’as raison »
Que l’on m’encourage
A n’importe quel âge

J’attends
Que les gens s’écoutent
Et se tendent la main
Qu’ils s’ouvrent
Et pensent aux prochains

J’attends, oui j’attends,
Que les consciences éclatent
Qu’ils assument leurs actes
Même si c’est lent, j’attends

J’attends car demain
Je n’attendrai plus rien

Marie TABUREL

« Je suis un arbre »

Je vis dans les moteurs
Le bitume et le gris
Entouré de bancs
Qui pleurent d’ennui

Je suis un arbre
Je suis cet arbre là
Je suis la
Je suis la

Les trams butinent
Des foules immobiles
Aux regards fuyants
Plongés dans leur mobile

Pourtant le pavé brille
Aux rayons du soleil
Mes feuilles scintillent
Mais le monde sommeil

Je suis plantée là,
Ils ne me voient pas
Je suis un arbre,
je suis cet arbre là
Je suis là

Je n’ai pas de fleurs,
Personne ne s’émerveille
Pas un lampadaire
Ni de fruits vermeils

Dansent mes branches
Au-dessus d’une femme
Qui écrit sous sa manche
En séchant ses états d’âmes

Et je suis plantée là,
Elle ne me voit pas
Je suis un arbre,
je suis cet arbre là
Je suis là

Ils me lacèrent
Le temps d’un élagage
Il parait que je m’altère
Moi, je suis fier de mon âge

Arbre des villes
Aux cœurs et lettres gravés
Mon tronc ne brille
Que sous la pisse des roquets

Et je suis plantée là,
Ils ne me voient pas
Je suis un arbre,
je suis cet arbre là
Je suis là

Et je suis plantée là,
Ils ne me voient pas
Je suis un arbre,
je suis cet arbre là
Je suis là

 

Marie TABUREL

 

 

 

 

 

 

 

« Pardonne-moi »

Ce texte fait référence à l’histoire de Jacqueline Sauvage, condamnée pour avoir tué son mari.
Jacqueline Sauvage a été victime de viole et leurs enfants d’inceste pendant plusieurs années.
Leur fils s’est suicidé. Suite à ça, le père a menacé sa femme et ses filles de les tuer. Face à ces menaces, Jacqueline Sauvage a tué son mari. La justice l’a condamné en raison du caractère prémédité de l’acte…

Pardonne-moi

Trois jours d’audience
Trois jours de transe
Dernière fois, enfermée, dans l’box des accusés
Désabusée, je cherche les regards des jurés
Mais, je saute, sans filets

Pardonne-moi,
Tu disais qu’il suffisait
De maîtrise,  de sentiments, je t’aimais, je t’aimais
Je t’aimais Tellement
Je m’en voulais d’échouer si souvent

Pardonne-moi,
Pourtant plus forte,
Dans ces moments où tu fermais la porte,
Le parquet grinçant, tes gestes d’abord lents
Le corps épileptique, le cerveau amnésique,

Pardonne-moi,
Notre fils, nous a quitté
Quand la peur de vivre
Est plus forte que la peur de mourir
Tu t’es transformé, nous a menacé
J’ai pensé que… Je t’ai tué

Pardonne-moi,
J’ai dû tout raconter,
Nos secrets, les représailles,
notre intimité, tes failles
Et tout sur la… virginité
De nos filles…

Aujourd’hui, la justice me condamne
Aujourd’hui, la justice me condamne

Auteure : Marie TABUREL
Avril 2016 – Texte déposé SACEM

« Sans règle de trois »

Sans règle de trois

Une main dans tes cheveux
Une bague à mon doigt
Un toit pour nous deux
..

Quoi de plus normal
Quand on est amoureux que
De vouloir d’la marmaille

Puis les jours ont passés
La médecine a parlé
Des prières puis des larmes

A troquer notre orgueil
Pour accepter le deuil
Les silences et le froid

PRE REFRAIN
Toi et moi ça fait qu’un
Un plus un ça ferait trois
Mais si l’on retient un
Je n’te retiendrai pas

REFRAIN
Sans règle de trois
Toi sur moi ça fait quoi ?
Rien
Et tu n’es plus là

Sans raisons et sans droits
Je ne mérite pas
Ni d’enfant
Ni de toi

On aurait pu adopter
Ca demande des années
Et tu vieillis, c’est vrai

Je sais que tu es désolé
Que tu m’aimes, mais,
Il s’agit de ton sang
Du nom de ton enfant

J’avais des tonnes de caresses

Je détonne de détresse
Maintenant célibataire


Qu’ai-je donc à proposer
Un ventre beau
Un ventre bon qu’à digérer

PRE REFRAIN

REFRAIN

PONT
A sublimer…

J’ai oublié
ma féminité
A contre-courant
Je retrouverai
L’essence de ma vie
Sans avoir enfanté

REFRAIN
REFRAIN

Marie TABUREL

« Je tourne »

Dis maman c’était qui ce monsieur ?
Pourquoi je vois de la pluie tomber dans tes yeux ?
Tes lèvres tremblent mais elles restent silencieuses
La vie des grands est vraiment trop mystérieuse

Dis maman pourquoi papa ne rentre pas ?
Il est où, dis-moi, quand-t-il reviendra ?
Tes épaules sursautent, tu ne réponds toujours pas
Et si c’était ma faute, je vais me cacher sous mes draps

Refrain
Et je tourne, tourne, tourne, tourne et t’attrape les doigts
Et je tourne, tourne, tourne, tourne pendu à ton bras
Regarde maman la vie est bien plus drôle vu d’en bas
Aller danse, danse, danse, danse, avec moi

Maman, je suis désolée mais je dois partir
J’ai une mission sur la lune qui changera notre avenir
Je dois garder le secret tu sais comme c’est difficile
Je dois à tout prix te ramener de ton île

Refrain
Et je tourne, tourne, tourne, tourne et t’attrape les doigts
Et je tourne, tourne, tourne, tourne pendu à ton bras
Regarde maman la vie est bien plus drôle vu d’en bas
Aller danse, danse, danse, danse, avec moi

Et je tourne, tourne, tourne, tourne et t’attrape les doigts
Et je tourne, tourne, tourne, tourne pendu à ton bras
Regarde maman la vie est bien plus drôle vu d’en bas
Aller danse, danse, danse, danse, avec moi

 

Marie TABUREL

« L’Idylle file »

Je voudrais te draper
T’enlacer contre moi
Mais hélas, lassé,
Tu joues de mes bras

Le fil de soie,
Entre toi et moi,
S’effile déjà
Depuis plusieurs mois

Notre amour hémophile
Aurait besoin sans tarder
De coton hydrophile
De pansements dorés

Au fil de l’eau,
L’idylle file
Pas de vent dans l’dos
Mais le vague à l’âme
De fil en aiguille
Je me languis de toi
Et toi tu fais l’anguille
Donc j’aiguise mes lames

Tu visites des jardins
Aux couleurs juvéniles
Goutes des parfums
Aux lèvres chlorophylles

Tissu de mensonges
Issu de vieux songes
Cousu de fil blanc
Jauni dans le temps

Tu files et tu tisses,
Telle une araignée
Dans toutes tes toiles
Tu sembles m’éviter

REFRAIN

Le vertige te fascine
L’adrénaline t’emmène
Plus tu m’embobines
Et plus je m’emmêle

Je frise l’asile
À t’épier, je perds pied
Puis je tombe en coupant
Ce fil qui nous liait

Marie TABUREL

« La fleur au fusil »

Une mère, un fils, le terrorisme, un attentat suicide…

La fleur au fusil

Laisse-moi déposer une fleur à ton fusil
Sans aucun autre leurre que l’espoir d’être unis
Quitte à parler des heures tous les deux sous la pluie
Le monde est bien meilleur que ce qu’ils t’ont promis

Alors ça y est
On t’a embauché
On t’a promis un rôle,
Mieux que celui de Stallone

Tu vas pouvoir exister,
Quelques mois c’est sûr,
Peut-être même une année
Tu rêvais d’aventures

Mais à cause de quoi ? A cause de qui ?
Comment ? et pourquoi ? Les hommes sont ainsi…

Laisse-moi déposer une fleur à ton fusil
Sans aucun autre leurre que l’espoir d’être unis
Quitte à parler des heures tous les deux sous la pluie
Le monde est bien meilleur que ce qu’ils t’ont appris

Ils créent tant de coupables
Génèrent tant de questions
Ces chasseurs de cartables
Dont ils prennent possession

Ils exploitent leurs failles
Créent l’ébullition
De corps sur gouvernail
Chargés de munitions

Mais à cause de quoi ? A cause de qui ?
Comment ? et pourquoi ? Les hommes sont ainsi…

Laisse-moi déposer une fleur à ton fusil
Sans aucun autre leurre que l’espoir d’être unis
Quitte à parler des heures tous les deux sous la pluie
Le monde est bien meilleur que ce qu’ils t’ont appris

Mais il est trop tard
Déjà tu me haïes
Ils ont vidé ton regard
C’est presque fini

Un dernier pétard
Après l’infini
Il y aura des marres
De sang et des cris

Mais à cause de quoi ? A cause de qui ?
Comment ? et pourquoi ? Les hommes sont ainsi…

Laisse-moi déposer une fleur à ton fusil
Je n’avais pas d’espoir, je sais qui je suis,
Je n’ai aucune arme, je crois en la vie
Aux pluies de larmes qui illuminent ces vies

 

Marie TABUREL

« Sur le trottoir »

En 9 mois à peine sur le trottoir
Ton petit t’a tout volé
Le corps de ta femme
La douceur d’ses baisers

L’instinct primaire
Soufflé dans les plumes
De l’instant d’une mère
Piaillant que tu es nul

Assis sur une marche
Sur le trottoir d’en face
Tu le regardes dormir
Sur le blanc de la place
Assis sur cette marche
Sur ce trottoir en face
Tu le regardes dormir
Sur le blanc de la place

Petit à petit
L’oiseau fait son nid
Mais sur une branche pourrie
L’oiseau s’est enfui

Les vautours de la nuit
Emparés de lui
Il apprend et survit
À la volée se nourrit

Chaque jour endurcit
Sous le vent et la pluie
Transparent des passants
Transpirant au soleil

Tu verras sa mère
Venu l’réveiller
Masquant son mouchoir
Le sourire forcé

Assis sur une marche
Sur le trottoir d’en face
Tu le regardes dormir
Sur le blanc de la place
Assis sur une marche
Sur le trottoir d’en face
Tu les regardes souffrir
Sur le banc de la place

Les oiseaux se cachent
Font volte-face
A l’envie de mourir
Au reflet dans la flaque

Marie TABUREL